Le compa

Le parcours

© Nicolas Franchot - Le Compa

Au moment de « réinventer » le Compa, il (nous) a paru utile de revisiter les collections accumulées et constituées depuis 30 ans et d’interroger l’identité du Compa.
Quel-est-il ?
Un musée scientifique et technique ?
Un musée ethnographique (d’arts et traditions populaires, disait-on autrefois) ?
Un musée d’art et d’histoire ?
Un musée de société ?

Un musée technique ?

En 1977, le SEDIMA (Syndicat National des Entreprises de Service et de Distribution du Machinisme Agricole) entreprend, simultanément, de promouvoir l’idée d’un musée national du machinisme agricole et de lancer une collecte de sauvegarde de matériels devenus obsolètes dans cette période de modernisation accélérée correspondant aux Trente Glorieuses. En 1980, soucieux de trouver pour ce matériel la meilleure structure d’accueil et de présentation possible, le SEDIMA et Antenne 2 lancent un appel d’offre national, en vue de recueillir les candidatures des villes intéressées, et de choisir le site d’implantation du futur musée.

© Rut Poitevin Ramirez - Le Compa

A Chartres va se créer un musée consacré à la grande culture céréalière et à la mécanisation agricole. Collectés entre 1979 et 1985, les machines et outils du SEDIMA sont à l’origine de la collection du Compa. Beaucoup d’achats – et de dons – ont été faits par la suite, dans le but de constituer des collections plus complètes. Le transfert des collections de deux musées ayant dû fermer, Agropolis-Museum à Montpellier et le musée des Ruralies à Niort, a terminé de compléter les collections ces dernières années. Cette collection technique témoigne de l’histoire de la mécanisation et de la motorisation de l’agriculture, sur la période 1820-1960.

Les tracteurs

© Nicolas Franchot - Le Compa

 

 

 

 

 

Les tracteurs présentés ont été choisis pour aborder certaines thématiques, aussi bien techniques qu’historiques :
Les tracteurs porte-outils, de prairie, semi-diesel ou diesel ; les tracteurs de l’entre-deux guerres, les tracteurs du plan Marshall…

Les opérations agricoles

© Nicolas Franchot - Le Compa

 

 

 

 

 

La collection de machines et outils du Compa permet également d’illustrer les différents travaux des champs :
Le travail du sol, le semis, le traitement et la fertilisation, la récolte et le battage.

La documentation technique et pédagogique

© Rut Poitevin Ramirez - Le Compa

 

 

 

 

 

 

Le Compa possède de belles collections de dessins techniques et de maquettes. Les dessins techniques d’instruments agricoles ont été réalisés par des élèves de l’Institut National Agronomique Paris-Grignon. La création de ces écoles nationales d’agriculture au 19e siècle correspondait à la volonté de l’État français de professionnaliser l’enseignement agricole.
La collection de maquettes du Compa est constituée, d’une part, de modèles réduits ultra-réalistes fabriqués de façon industrielle, d’autre part, de maquettes en bois ou en métal réalisées de manière artisanale. Ces maquettes ont été fabriquées avec des desseins différents : pour vendre, pour apprendre, pour se distraire.

La bibliothèque, le fonds documentaire et iconographique du Compa

Pour documenter ses collections et pour aider à leur restauration, le Compa possède une documentation conséquente, s’étalant de la fin du 18e siècle jusqu’à nos jours : manuels techniques, documents publicitaires, périodiques professionnels, photographies, cartes postales, diapositives…
La bibliothèque du musée comprend plus de 2 500 références sur le machinisme agricole, l’histoire de l’agriculture, l’environnement, l’alimentation et les représentations des paysans et de la ruralité.

L’atelier de restauration

Proche du musée, cet atelier existant depuis 2005 est unique dans un musée de France.
Une équipe composée de six personnes y restaure de nombreuses pièces des collections du Compa. Sont présentés ici des documents ayant servi à la restauration du tracteur Rumely, ainsi qu’un film montrant les différentes phases de travail et la remise en route du tracteur restauré.
Les restaurations sont soutenues et accompagnées par l’Association des Amis du Compa.

Un musée de la vie rurale ?

Si les machines et outils jouent un rôle majeur dans les pratiques agricoles, ces objets ne peuvent témoigner à eux seuls de l’ensemble des activités agricoles et de la vie rurale.
Après 1990, les collections se sont ouvertes aux thématiques du travail à la ferme et dans les champs, à l’artisanat rural, au village, aux arts et traditions populaires.
L’élevage y tient une place importante, ainsi que tous les métiers liés à l’artisanat rural. Beaucoup d’objets témoignent de la fin d’un monde, de la disparition ou transformation de certaines activités ou métiers.

Les métiers

© Nicolas Franchot - Le Compa

 

 

 

 

 

 

Le Compa possède dans ses collections un atelier complet de forge, provenant de dons de maréchaux-ferrants ayant cessé leur activité dans les années 1970. Le remplacement massif des chevaux par les tracteurs à partir des années 1950, précipite la disparition progressive de cette activité qui, de nos jours, est devenue en grande partie ambulante. Le maréchal-ferrant et ses outils permettent de témoigner d’un monde disparu.
Autre exemple de métier présenté, l’apiculture, qui reste une pratique ancienne mais d’actualité, porteuse d’enjeux environnementaux forts.

L’élevage

L’élevage est une activité qui tient une grande place dans la vie rurale. Cloches et sonnailles, fers à marquer, cadran de berger ou plaques de concours agricoles, racontent l’histoire de ces éleveurs.
Mais pour témoigner des mutations des sociétés rurales, le Compa a également constitué, depuis de nombreuses années, une collection de photographies, généralement acquises ou commandées auprès d’artistes. L’ « ethno-photographe » Christian Malon effectue un travail de mémoire sur les gestes et pratiques du monde paysan depuis les années 1970. Sa série de photographies sur la tuée du cochon est un exemple de ces rituels de moins en moins pratiqués.
Les sculptures de Richard Fath, représentant incontesté de la sculpture animalière du 20e siècle, ont fait l’objet de commandes de clubs et sociétés animalières ou de Haras nationaux.

La vie quotidienne

© Nicolas Franchot - Le Compa

 

 

 

 

 

Les collections d’objets domestiques permettent de témoigner du quotidien des paysans dans la France rurale des années 1870 à 1950. Les objets présentés ici ont été choisis parmi les ustensiles de cuisine servant à la préparation, à la consommation ou à la conservation des aliments.
Les dessins de Gabriel Loire, l’un des plus grands maîtres verriers français, mais aussi dessinateur et peintre, témoignent quant à eux du costume beauceron au milieu du 20e siècle.

Un musée de société ? et le paysan…

Musée d’histoire des techniques à son ouverture, le Compa raconte aujourd’hui l’histoire des hommes et se trouve au croisement entre histoire, sciences, arts, ethnologie…
Les estampes, affiches, photographies, sculptures, jouets, objets publicitaires… interrogent les représentations du monde paysan et ses mutations aux 19e et 20e siècles.

© Rut Poitevin Ramirez - Le Compa

 

 

 

 

 

 

Le paysan dans l’imaginaire social

« Classe objet », pour reprendre l’expression du sociologue Pierre Bourdieu, la paysannerie est vue le plus souvent à travers le regard des autres. Elle ne peut souvent se conformer qu’à l’image que lui renvoient d’elle-même les classes sociales dominantes, qui lui assignent sa place et son rôle dans la nation. Deux visions stéréotypées du paysan n’ont eu de cesse d’alterner, voire de coexister, au cours de l’histoire : le paysan fruste, brutal, benêt et naïf ; et la figure noble du paysan nourricier, soumis à l’ordre éternel des champs : le faucheur du sculpteur Richard Fath est en le parfait exemple.
Dans le discours publicitaire, la paysanne est souvent utilisée pour la promotion de produits typiquement fermiers comme le lait, le beurre ou le fromage. A partir des années 1950, les pin-ups vont aux champs et les fermières se métamorphosent en jolies filles. L’image de la robuste fermière nourrissant ses poules a vécu. Les jouets agricoles témoignent de ces représentations : les gardiennes d’oies et de cochons sont pimpantes avec leur robe et leur fichu rouges.

 

© Nicolas Franchot - Le Compa

Les affiches publicitaires, témoins des révolutions agricoles

La collection d’affiches du Compa, initiée dès l’ouverture du musée, est désormais forte de 250 pièces, particulièrement dans le domaine du machinisme, de l’utilisation des engrais, de la modernisation des fermes… L’affiche agricole est sans doute le média qui reflète le mieux les révolutions agricoles de la période 1870-1970. Pendant des décennies, elle a contribué à convaincre les agriculteurs des bienfaits du progrès, progrès techniques, sociaux... Elle est un miroir de la société rurale, vue par des affichistes et des commanditaires généralement urbains. De plus, les objets publicitaires, tels le cendrier « Renault », le calendrier « The Johnston Harvester Co » et les dessous de verre « la Potasse d’Alsace », ainsi que les clichés typographiques d’imprimerie, qui étaient utilisés pour l’impression des documents publicitaires, témoignent de la forte présence de ces marques dans la vie quotidienne des sociétés rurales.

Le paysan, habitant du territoire

© Marion Ménard - Le Compa

 

 

 

 

 

 

Interroger la place du paysan dans le monde rural, c’est aussi s’intéresser au territoire dans lequel il s’inscrit, puisque, par définition, « le paysan est l’habitant du pays ». Longtemps, le paysan ne formait qu’un avec « son » pays et « son » paysage. Le paysage n’était rien d’autre que le résultat du travail des hommes qui le façonnaient et des structures sociales qui l’organisaient. La sculpture « La plaine traversée » de Jean Anguera, la peinture d’Yves Lévêque et les photographies de Beauce de Daniel-Henri Feuillade, parlent toutes de ce travail de la terre. Aujourd’hui, même s’il continue à façonner 60% du paysage français, le paysan n’est plus seul sur la (sa) terre, ni dans le village, souvent devenu dortoir pour des néo-habitants qui habitent ici mais consomment et se distraient ailleurs. Les photographies de devantures de magasins d’un autre temps, prises par Philippe Schlienger dans les années 2000, illustrent cette tendance à la désertification des villages.

 

Un musée de société ? et le monde…

Au fil des années, le Compa s’est affirmé en tant que musée de société, interrogeant le monde rural et ses grands chambardements, attentifs aux questions et débats contemporains :

© Nicolas Franchot - Le Compa

 

 

 

 

 

 

La fin des paysans ?

La population agricole française représentait 80% des actifs en 1800, 21% en 1954, 3% en 2000. Serait-ce donc La fin des paysans ?, s’interroge, en 1967, le sociologue français Henri Mendras.
Les collections du Compa témoignent des révolutions agricoles des 19e et 20e siècles en Occident, du passage de la civilisation du cheval à celle de la machine, de tous les bouleversements qui ont touché le métier d’agriculteur : mécanisation, chimisation, changement dans les modes de production, préoccupations environnementales…
Mais l’ensemble de ces objets de collection est à relire, aujourd’hui, dans un contexte de crise économique, énergétique, urbaine… Ces objets doivent être confrontés, rapprochés, remis en perspective. Des outils comme la houe ou la faucille, encore utilisés dans certaines parties du monde, côtoient désormais des GPS pour tracteurs ou des ordinateurs permettant de suivre en bourse le cours du blé.
Si le Compa continue à enrichir ses collections, y compris avec des objets d’aujourd’hui et de demain, c’est souvent davantage dans le discours de ses expositions que par l’accroissement de ses collections qu’il lui est désormais possible d’aborder les sujets d’actualité : isolement des agriculteurs, agriculture de spéculation et paupérisation de la main d’œuvre, métier délaissé par les jeunes générations...

 

Environnement, biodiversité, qualité de vie : quelle équation ?

© Marion Ménard - Le Compa

 

 

 

 

 

 

Si le nombre d’agriculteurs diminue en France, le monde rural n’a jamais été aussi présent dans les esprits. Durant la dernière décennie, l’image du monde paysan a été beaucoup associée à la ruralité, au terroir, à la qualité de vie… Cet intérêt correspond, entre autres, au développement de l’habitat rurbain et au repeuplement des campagnes par des néo-ruraux continuant à travailler en ville.
La préservation de l’environnement dont dépend souvent cette qualité de vie, est devenue l’une des préoccupations de notre époque. Le temps est dépassé où les affiches publicitaires vantaient l’intérêt des intrants, témoignant de l’utilisation massive de produits chimiques pour la fertilisation et les traitements contre les insectes et mauvaises herbes. Dorénavant, sont mis en avant l’agriculture raisonnée ou biologique, le respect de la diversité des espèces.
Ce tournant dans les pratiques agricoles est présent au Compa, moins dans les collections, que par des témoignages sonores collectés auprès d’agriculteurs, ou des vidéos présentées lors d’expositions temporaires. Le débat sur les OGM, des thèmes tels que la disparition des abeilles, l’érosion des sols, le manque d’eau ou la pollution des nappes phréatiques, sont abordés lors d’expositions comme « Eaux » en 2008, ou « La fin de la faim // Comment nourrir les hommes ?» en 2010.

Comment nourrir 9 milliards d’hommes en 2050 ?

Nourrir l’ensemble de la planète constitue sans doute l’un des plus grands défis de demain. Alors qu’actuellement dans le monde, une personne sur six souffre de la faim, il faudra à l’avenir produire encore plus, mais si possible en produisant mieux et de façon équitable.
Les objets des collections permettent d’appréhender les pratiques d’aujourd’hui et de demain. Les engrais et produits phytosanitaires de l’agriculture intensive appellent une réflexion autour de l’agriculture biologique, tout comme l’activité du maraîcher peut permettre de tenir un discours sur les graines brevetées et les OGM, de comparer petites exploitations et culture extensive hors-sol, de questionner l’agriculture mondialisée et les AMAP locales. L’ouverture des collections à l’agriculture extra-européenne remet également en perspective ces pratiques avec celles d’autres civilisations.
Depuis quelques années, le Compa entreprend de solliciter le regard souvent décalé d’artistes contemporains. C’est par l’accumulation et l’entassement de boules de terre que Jean-Luc Parant dit la pénurie et la surproduction. Lilian Bourgeat, quant à lui, réinterroge l’agriculture à l’échelle de la planète, autrement dit en grand... Ses bottes arpentent le jardin planétaire, celui où l’homme cultive la diversité du vivant et la nourriture de demain.

Les réserves

La réserve reconstituée en fin d’exposition permet de parler des collections qui ne sont pas présentées au musée, dans sa collection permanente ou dans des expositions temporaires.
Le Compa dispose de 4 lieux pour abriter ses collections. Deux hangars, à plusieurs kilomètres du Compa, abritent les machines les plus imposantes. Deux autres sites sont affectés aux petits objets, jouets et maquettes, et aux collections d’art graphique, particulièrement sensibles aux variations de température et d’humidité.

© Nicolas Franchot - Le Compa

 

 

 

 

 

 

Le numéro d’inventaire

Chaque objet de musée possède un numéro d’inventaire. Celui-ci, unique, est attribué par le musée propriétaire et a une valeur juridique.
Un numéro d’inventaire se compose de trois éléments : par exemple 2013.01.10. Le premier correspond à l’année d’acquisition du bien (2013), le second au numéro d’entrée de la collection dans le musée (01 pour la 1ère collection) et enfin, le troisième indique le numéro du bien au sein d’une collection donnée (ici, il s’agit du 10ème objet de la 1ère collection de l’année 2013).

 

Les parcours pour les jeunes visiteurs

Un jeu-parcours intégré à l’exposition propose aux plus jeunes de mener une enquête, tout en découvrant les objets du musée, leur provenance et leur fonction.

© Marion Ménard - Le Compa

Trois collectionneurs passionnés par le monde agricole sont entrés dans le musée à la nuit tombée pour admirer, loin du tumulte des visiteurs de la journée, les pièces de collection exposées dans « Le Roman d’un monde ». Surpris par le veilleur de nuit, ils ont pris la fuite et ont oublié d’effacer quelques traces de leur présence. Grâce aux objets marqués de ces indices, les enfants découvrent la passion de chaque collectionneur pour trouver, à la fin du parcours, le profil de ce trio prêt à tout pour découvrir le monde de l’agriculture.

Pour les plus jeunes, un parcours d’observation est proposé. Un carnet de curiosités, mis à disposition à l’accueil, permet aux enfants de 3 à 7 ans de s’attarder sur une sélection de machines et d’outils, d’affiches et de dessins et d’en découvrir tous les détails…

Haut de page