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Le dossier web | Hiver 2009

Un musée médusé

Des méduses au musée ? Quelle drôle d’idée ! Pas tout à fait…
Ces animaux marins prennent tout naturellement place dans l’exposition temporaire « EAUX ». Car tout est fait d’eau ou repose sur les propriétés de cet élément. L’eau est au cœur de toutes les vies, planétaires, humaines, végétales et animales …

Les méduses en sont un exemple extrême. Qu’est ce qu’une méduse ? Où les trouve-t-on ? Leur multiplication est-elle signe de pollution ? Ce dossier thématique vous propose de (re)découvrir ces animaux et de dépasser les a priori véhiculés sur ces masses « gélatineuses ». Croyez-nous, vous en serez médusés !

La méduse, un corps en eau

Les êtres vivants sont constitués à 70% d’eau mais cette moyenne présente cependant de surprenants extrêmes. La méduse est ainsi constituée à 98% d’eau et à 2% de protéines. Un corps tout en eau qui en fait à la fois sa beauté et sa fragilité, une masse gélatineuse avec une densité d’eau voisine de celle de l’eau de mer. C’est un peu l’image de la goutte d’eau se déplaçant par lentes contractions dans le milieu marin.
Mais quelles sont les particularités de cette « bulles d’eau »? Qu’est ce qu’une méduse ? Etudions les Aurelia aurita du Compa pour mieux comprendre. Leur transparence permet de bien observer leur organisation interne qui est très simple et qui explique leur place parmi les animaux inférieurs dans la classification zoologique.

Tentacules marginaux d'Aurelia aurita
© Vincent MARAN, doris.ffessm.fr

Fragiles … mais piquantes !

Les méduses font partie d’un groupe zoologique : les cnidaires. Coraux, gorgones, anémones de mer et méduses sont les plus communs, mais seules les méduses vivent en pleine eau. Tous possèdent dans leurs tissus des cellules spéciales, urticantes : les cnidocytes. Mais pourquoi faire ?

Bel individu, dont l’ombrelle est en contraction pour la nage.
© Vincent MARAN, doris.ffessm.fr

Aurelia présente une partie hémisphérique dont la ressemblance avec une ombrelle est telle que ce nom lui a été donné. Tout autour : des filaments fins et très courts : ce sont plus de mille tentacules ! Et ces tentacules ne sont pas anodins. Sur eux se trouvent les cellules urticantes. Ces cellules urticantes renferment un mini-harpon barbelé baignant dans un liquide toxique. Au moindre contact avec une proie, les méduses libèrent ce venin. Un véritable organe de pêche ! Car les méduses sont carnivores, et ce système ingénieux leur permet de paralyser leurs proies. Quand une méduse pique, elle perd donc ses cellules urticantes qui se reproduisent directement. C’est également un organe de défense car leur corps est particulièrement fragile. Aucune protection, ni par une coquille ni par une carapace…

Mais cette fragilité n’est qu’apparente…

Des méduses voraces !

Les méduses sont de redoutables prédateurs. Elles exercent un important prélèvement sans aucune sélection sur tous les organismes du plancton, aussi bien crustacés que vers marins, mollusques pélagiques, autres animaux gélatineux (salpes, dolioles…), et surtout les œufs et les larves dont ceux de poissons.

Piégée par les tentacules, la nourriture est acheminée vers la bouche par les quatre lèvres, ou bras oraux qui pendent sous l’ombrelle. Puis elle est digérée dans l’estomac situé dans l’épaisseur de l’ombrelle. Celui des Aurelia a la forme d’un « trèfle à 4 feuilles » et change de couleur lors de la digestion.

Le système de digestion de la méduses : détail sur les canaux rectilignes et divisés.
© N. Bernard, 2009

La nourriture est ensuite diffusée en empruntant le trajet de canaux radiaires qui rayonnent comme les baleines d’un parapluie. Aurelia possède deux types de canaux :
- des canaux rectilignes à circulation centrifuge. Ils captent les apports nutritifs lors de la digestion,
- et des canaux divisés réservés aux produits de l’excrétion qui sont alors évacués par la bouche sous forme de pelottes de réjection.

C’est ici la première ébauche de circulation des fluides vitaux dont la circulation sanguine est la forme la plus évoluée !

Hermaphrodite, la méduse ? Pas du tout !

Les méduses sont en effet sexuées. En relation avec l’estomac, se développent quatre gonades, organes de la reproduction. La reproduction varie selon les espèces.

Chez les Aurelia, les méduses mâles sont les seules à évacuer leurs gamètes dans l’eau. Les femelles avalent les spermatozoïdes qui vont féconder les ovules. Autre particularité des Aurelia aurita, les œufs fécondés sont recueillis dans des poches incubatrices situées le long des bras oraux. Ils s’y développent jusqu’au stade larvaire planula. La méduse Aurelia est donc larvipare. Une fois les gonades vides, la méduse meurt. Elle ne se reproduit qu’une fois.

Chez d’autres espèces, la reproduction est « externe ». La femelle libère des œufs qui sont ensemencés par le sperme des mâles. Les œufs fécondés se fixent alors au fond de la mer. Ils se transforment en polypes qui bourgeonnent immédiatement, de façon asexuée. Les polypes forment alors un bouquet qui présente déjà une symétrie radiaire. Au sein même d’un polype se produit un deuxième type de bourgeonnement donnant les futures méduses.

Méduses et hommes : 60% de gênes commun

Pour résumer, les méduses, c’est 98% d’eau, ni tête, ni queue, mais une bouche, un estomac, des cellules nerveuses, des yeux, un système digestif… Certes primitifs, ces éléments n’en sont pas moins proches de l’anatomie humaine. 60% de nos gênes sont d’ailleurs communs avec ceux des méduses ! Intrigant ? Non ?...

détail ocelle aurelia aurita
© Vincent MARAN, doris.ffessm.fr

Expert scientifique : Jacqueline GOY, Attachée scientifique, Institut océanographique de Paris.

Et aussi :

Groupe de méduses Aurelia aurita, présentées dans l'aquarium du Compa.

"Zoom sur..." : des visites zoom et des conférences thématiques sur l'exposition "EAUX"

 

Le 28 février 2010 : "Zoom sur... L'eau et les animaux marins"

Affiche de l'exposition "Eaux" au Compa du 19 février 2009 à août 2010.

En savoir plus sur...

l'exposition "EAUX"

Portrait de Jacqueline Goy

Qui est Jacqueline GOY ?

 

Spécialiste reconnue des méduses, attachée scientifique à l'Institut Océanographique de Paris, Jacqueline GOY a collaboré à la rédaction de ce dossier Web sur le thème des méduses.
En savoir + sur ... Jacqueline Goy :
"La dame aux méduses"
(Revue Sciences Ouest, n°182, 2002)

Tout savoir sur la faune et la flore subaquatiques :

 

Le site Internet DORIS propose des fiches richement illustrées.