Le compa

Sawyer-Massey

Restauré en 1997

Sawyer-Massey : mise en route devant le public, 1998
© Le Compa, Chartres

Renommée pour ses constructions de batteuses et de tracteurs à vapeur, la Sawyer-Massey Company ouvre sa gamme aux tracteurs à essence dès 1910. Le Sawyer-Massey 20-40 du Compa est alors un exemple emblématique de ces « monstres » du début du 20e siècle. Avec le Case, ces premiers tracteurs à essence fabriqués en "série" ressemblent aux tracteurs à vapeur pour des raisons pratiques : ils étaient souvent montés dans les mêmes ateliers, et avaient donc la même allure. Ils étaient destinés aux grandes exploitations.

Mais ces "monstres", onéreux par ailleurs, n'étaient utiles que pour le travail initial de bris de mottes. Plusieurs personnes devaient monter à bord pour manipuler jusqu'à 10 corps de charrue, et il était difficile de passer entre les rangées pour cultiver.

Après la première Guerre mondiale, les agriculteurs ont besoin de tracteurs plus petits, dirigés par une seule personne. Ce qui explique entre autre l’absence de succès de ces modèles en France : peu adaptés à la taille des exploitations, trop gros, très lourds, ayant également une mauvaise adhérence aux sols argileux des terres françaises. Ils seront remplacés par des tracteurs de 2nde génération, plus maniables et à taille humaine.

Une acquisition emblématique

Détail du Sawyer-Massey du Compa.
© B. Chabin, Le Compa, Chartres

Le « bouche à oreilles » et les conseils avisés de Louis Perrin, ancien Président de l’Association du Compa, n’ont rien d’anodin dans cette acquisition. Averti qu’un collectionneur souhaite vendre 17 de ses tracteurs de collection dont un Case, un Rumely et un Sawyer-Massey, le Compa acquiert en 1995, à Montiers-en-Saulx, dans la Meuse, ces 3 pièces exceptionnelles. Mais dans cette aventure, le FRAM et le Crédit Agricole seront des mécènes importants permettant de réunir, notamment, les 120 000 Francs que coûte à lui seul le Sawyer-Massey. Cette pièce est une véritable chance pour les collections du musée puisqu’il en existe très peu d’exemplaires en Europe. On en recense, en effet, 4 en Europe dont deux en France.

De la vapeur à l’essence, du locotracteur au tracteur

En 1892, le constructeur Sawyer est racheté par la compagnie Massey. Cette union dure jusqu’en 1910, et donne naissance à différents modèles de tracteurs. Massey se sépare ensuite de Sawyer, mais l’appellation perdure jusqu’en 1918. Cette marque est uniquement commercialisée aux Etats-Unis.

Spécialisée dans les machines à vapeur, la firme Sawyer-Massey ne construit des tracteurs à essence (pétrole) que pendant 4 ans. Le modèle du Compa, quant à lui, est fabriqué en très peu d’exemplaires entre 1910 et 1912, et fait ainsi partie des premières séries de tracteurs à essence et pétrole. C’est aussi un témoignage du développement précoce des tracteurs en Amérique.

Mécaniquement, le Sawyer-Massey 20-40 est remarquable. Il possède quatre cylindres en ligne séparés ! Sa direction est à chaîne, et son embrayage à levier est intégré au bloc moteur !

Il coûtait à l’origine 3 750$ canadiens. Cette machine a servi peu de temps. Il est à peu près certain qu’en 1920, elle ne tourne plus. Elle se retrouve dans un fonds de collection de tracteurs, dispersé en 1985. Certaines de ces machines arrivent alors en France, par l’intermédiaire d’un importateur belge, spécialisé dans le matériel agricole.

2800h de travail pour une restauration exemplaire

Le Sawyer-Massey du Compa a eu environ 2000h d’activité. La restauration, quant à elle, a mobilisé les membres de l’Association du Compa et les techniciens du musée durant 2800h, dont 600h consacrées uniquement au moteur !

Sawyer-Massey : le moteur à 4 cylindres avant restauration
© Le Compa, Chartres

« Le tracteur n’avait pas tourné depuis 1920. Le moteur étant grippé, son démontage fut l’une des phases les plus délicates. La rouille avait tout rongé et beaucoup de pièces ont été traitées à l’acide phosphorique. Pour le reste, une bonne dose d’huile de coude… » précise Michel Béaur*. Et de l’huile de coude, il en a fallu !

La moitié, environ, du Saywer était à refaire

Laurent Touche, Michel Béaur, Gilles Gonsard… 6 paires de main nécessaires au démontage complet du tracteur, au nettoyage long et laborieux, à l’application de l’antirouille et de la peinture, à l’usinage des pièces, … sans oublier le remontage. Dans ce travail, les manuels d’époque représentent une aide précieuse.

Le châssis est en bon état mais les parties tournantes ont souffert. Les cylindres sont déglacés, les segments sont remplacés, les autres parties métalliques sont sablées, les soupapes rectifiées et rodées et les réservoirs refaits.

Certaines pièces ne sont pas récupérables, et il est impossible de les trouver, même d’occasion. Le régulage des coussinets est donc refait entièrement. Les peintures sont fidèles aux coloris d’origine, qui à certains endroits « cachés » ont passé l’épreuve du temps sans être estompés par la lumière. Le vert Sawyer (ou vert wagon) et le rouge Massey sont donc à l’honneur. La cabine, découpée lors du transport en bateau, est entièrement reconstruite à l’origine et les parties bois de la cabine sont refaites en bois exotique rouge.

Souvenirs magiques du 1er démarrage…

Avant de tenter de démarrer le moteur il faut le roder.

Sawyer-Massey : rodage du moteur
© Le Compa, Chartres

Le graissage est alors l’exercice de rigueur. « On fait tourner les pistons, on force un peu le graissage, à l’aide de la prise de force d’un autre tracteur. [La première fois], cette expérience a été une réussite puisqu’il a fallut seulement deux ou trois coups de levier pour le démarrer. Tout s’est bien passé. On s’est dit « ouf ! » lorsque le moteur a démarré. Ensuite c’était la fête dans l’atelier. Le Sawyer a vraiment un bruit sympa, et discret », se rappelle Michel Béaur qui précise : « On a circulé avec pour la 1ère concentration nationale de tracteurs anciens à Chartres en 1998, puis pour la Ronde de Chartres en 2003, et plus récemment à la Ferté-Allais pour les 50ans de Massey-Ferguson en 2008. C’est une pièce à laquelle nous tenons beaucoup ».

Pour revivre l’aventure de ces premiers tracteurs, notez bien le prochain RDV : le dimanche 21 mars 2010, à l’occasion des 20 ans du Compa, le Sawyer, ainsi que le Case, sont à l’honneur pour un démarrage d’un autre temps !

Sawyer-Massey : mise en route devant le public, 1998
© Le Compa, Chartres

Caractéristiques techniques

Ce tracteur est d’une conception très originale. Il est actionné par un moteur 4 cylindres en ligne avec blocs séparés verticaux, se situant à l’arrière et apportant 75% de poids au niveau des roues motrices pour améliorer l’adhérence, ce qui en fait un bon tracteur. La boite de vitesses est entre le moteur et le radiateur, et la direction est à chaînes.

Numéro de série : 5264
Origine : Hamilton, Ontario, Canada
Type : 20-40
Année : 1910
Production totale : entre 1910 et 1920
Poids : 5800 kg
Dimensions : L.470 x l.220 x h.290cm
Moteur : puissance : 20 ch à la barre et 40 ch à la poulie (30 kW) à 375 tr/min
Cylindres : cycle 4 temps, 18000 cm3
Alésage / course : 142mm x 203mm
Carburant : pétrole après démarrage à l’essence
Refroidissement : par eau (réservoir de 70l) et pompe centrifuge
Démarrage : par levier à cliquets après décompression des cylindres, allumage par magnéto haute tension à impulsions.*

* RétroHebdo, 22 janvier 1998, « Jurassic Tract’ », article de Jean-Pierre Noret

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Et aussi :

Robert N. PRIPPS, Le grand livre des tracteurs de Massey-Harris à Massey Fergusson, éd. France Agricole, Paris, 2007

 

Dr C. CHAUVEAU, L’aube du tracteur en France, Petite encyclopédie du machinisme agricole, réédition partielle des notes de culture mécanique (1917), Histoire&Collections, Paris, 2008

Sur Internet :

 

La fiche d’inventaire du Sawyer sur le portail des Musées de la région Centre

 

Dossier sur les tracteurs et fiche sur le Saywer-Massey 20-40 sur le site du Musée de l'agriculture du Canada.