Le compa

Planche à dépiquer

2013

© F. Bois

La planche à dépiquer, de forme rectangulaire ou légèrement trapézoïdale, se compose généralement de deux planches mises côte à côte et assemblées par trois traverses. Egalement appellée trillo ou tribulum, elle est utilisée pour le battage ou le dépiquage des céréales, surtout dans les régions méditerranéennes, notamment en Espagne jusqu'au début du XXe siècle. La planche à dépiquer est munie d'éclats de pierre, ici des silex. Elle est tirée par un ou deux animaux ; le conducteur de l'attelage est assis ou debout sur le trillo. Le dépiquage est obtenu en passant sur les gerbes étalées. Grâce aux animaux, l'opération devient double : le piétinement et l'action mécanique.

 

Pourquoi une restauration ?

Cette pièce a subi des altérations biologiques dues à la présence d'insectes xylophages observée sur les planches. La présence de ces insectes cause une perte de matière, car le bois est une source de nourriture pour les larves. On observe aussi des traces anciennes de pourriture, dues à la présence d’un champignon (la mérule). Des silex se détachent de leur sillon. Le bois présente aussi des traces d'usures dues à son utilisation. Il manque une traverse à l’une des extrémités, créant un écart sur les planches principales et fragilisant l’ensemble du trillo. Toutes ces altérations rendaient nécessaire une restauration de l'objet.

Quels traitements ?

Le Compa a choisi de faire appel à une restauratrice spécialisée dans la restauration d'œuvres sculptées en bois : Fabienne Bois.

La restauration de l'objet a débuté par un nettoyage au pinceau afin d'éliminer la poussière. Les résidus de colle ont quant à eux été enlevés au scalpel.

Dans un deuxième temps, la restauratrice a utilisé la méthode de l'anoxie statique afin d'éliminer tout risque d'infection par des insectes xylophages. La technique de l'anoxie statique consiste à conditionner l'objet dans un milieu dépourvu d'oxygène. Sa mise en place nécessite la confection d'un emballage étanche, à partir d'un film thermosoudable, à l'intérieur duquel l'objet est placé avec des absorbeurs d'oxygène. La planche à dépiquer est restée 26 jours dans ce milieu sans oxygène.

© F.Bois

 

Ensuite, les parties du bois altérées par les insectes ont été consolidées à l'aide d'une résine vinylique, le Mowital B60H qui a été appliqué à l'aide d'une seringue,

Puis les fentes mobiles ont été recollées à l'aide d'une colle vinylique, certaines ont aussi été rebouchées à l'aide de sciure de bois.

Par ailleurs, la restauratrice a ajouté une troisième traverse qui avait disparue. Elle a choisi du frêne, bois qui regroupe les caractéristiques observées sur les traverses existantes pour recréer la pièce.

Les anciens percements ont été réutilisés afin de fixer cette nouvelle traverse.

© F.Bois

 

Par la suite, de la cire a été appliquée au pinceau sur planche à dépiquer, le bois étant extrêmement sec. Cette cire permettra aussi de limiter l'empoussièrement de l'objet.

Dans un dernier temps la restauratrice s'est occupée des éléments en silex et en métal.

Les silex mobiles ont été refixés. Puis les éléments métalliques ont été légèrement poncés et "passivés" à l’aide d’un antirouille.

© F.Bois

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur les infestations d’insectes

Les insectes xylophages s'attaquent au bois et s'en nourrissent en creusant des galeries, le bois est alors fragilisé. Ils pondent des œufs dans le bois et la larve se nourrit du matériau ligneux jusqu’à sa maturité. Une fois adultes, ces insectes émergent du bois en perçant un trou d'envol à sa surface.

Divers signes peuvent indiquer la présence d'insectes : l'insecte lui-même, mort ou vivant, aux divers stades de sa vie ; les exosquelettes ; les cocons ; les excréments ; les divers résidus comme de la fine poudre de bois ; et les dommages sur les objets.

 

 

Pour en savoir plus sur la restauration

Actuellement la restauration intervient sur les objets en suivant trois grands principes (Charte de Venise, 1964) :

-La lisibilité implique que la partie restaurée puisse se distinguer de la partie originale, par la variation du rendu ou du matériau.

-La réversibilité impose l’utilisation de techniques ou de matériaux qui puissent être éliminés dans le futur par une autre restauration.

-Le respect de la création originale interdit au restaurateur toute création d'un élément disparu sur lequel il ne dispose pas d'une documentation historique certaine.

Les formations actuelles de restaurateurs agrées par l’État sont composées d'une formation scientifique approfondie ainsi que d'une formation en Histoire de l'art.

 

Pour en savoir plus sur les instruments de dépiquage

Le dépiquage est l'action de faire sortir le grain de son épi, c'est un mode de battage principalement en usage dans le Midi, qui s'opère à l'aide du piétinement de mulets, de chevaux ou bœufs associés parfois à une action mécanique.

 

Les instruments à dépiquer, attelés, se répartissent en trois types. L’un comporte une ou plusieurs planches jointées, dont la face inférieure est garnie de silex ; c’est le tribulum dont parlait Columelle, agronome latin, au Ier siècle de notre ère. Plus tardivement (XIXe et XXe siècles), on y adjoignit, notamment en Espagne, des barres de fer dentelées, augmentant l’efficacité de l’instrument. Le conducteur utilisateur, debout, accroît, par son poids, la pression exercée sur l’épi pour qu’il libère le grain.

Autre type de traîneau à dépiquer : un cadre de bois dans lequel tournent en marche des rouleaux en bois munis de disques (bois armé ou métal). Cet instrument rappelle le plaustellum décrit déjà par Verron, auteur latin, dans son traité d’agriculture (Ier siècle avant notre ère). Ces traîneaux à dépiquer ont l’avantage de hacher en même temps la paille, préparant ainsi le fourrage des animaux.

© Le Compa

 

Troisième type d’instrument à dépiquer d’origine plus récente que les précédents : le rouleau de pierre, attelé à un bovin ou un cheval. Il est tronconique et souvent cannelé ; il peut être monté obliquement sur son cadre; ces dispositifs imposent à l’instrument et à son attelage de tourner en rond sur l’aire, facilitant aussi la tâche du conducteur.

Avec ces trois types de foulage, le grain est libéré par froissement de son enveloppe et non par éclatement de celle-ci comme avec le chaubage ou le battage.

Fiche d’inventaire

 

Identification : Planche à dépiquer appelée aussi traîneau à dépiquer, trillo ou tribulum

Numéro d'inventaire : 93.04.01

Provenance : Ariège, France

Datation : Début du XIXe siècle

Matériaux : Bois, métal, pierre (silex)

Dimensions : H. 160 cm ; L. 73 cm ; P. 8 cm

Lieu de conservation : Le Compa - Conservatoire de l'agriculture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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