Le compa

Lanz Bulldog 15/30

2013

© Le Compa

Datant du début des années 1930, ce tracteur semi-diesel est caractéristique de la motorisation à boule chaude ou cloche incandescente. Cette invention, brevetée par Herbert Acroyd Stuart en 1891, a été mise au point pour l’agriculture dans l’entreprise Heinrich Lanz Ag. (« Aktiengesellschaft ») de Mannheim, en Allemagne, par son ingénieur Fritz Hubert. Le Bulldog (type HL12), l’un des premiers tracteurs agricoles automobiles, sera présenté au salon de la société allemande d’agriculture de Leipzig en 1921.

Le tracteur Lanz HR5, appelé aussi 15/30 CV, a été diffusé à 11 500 exemplaires entre 1929 et 1935. Le tracteur du Compa date du début des années 1930, selon un modèle de 1929. Son numéro de série (80214) permet de le dater.

Le succès de ce tracteur simple, robuste et fiable est tel que, quatre ans plus tard, l’entreprise en aura vendu 5 000 exemplaires. En 1930, le Bulldog sous ses différentes versions sera le tracteur le plus vendu en Europe : 200 000 exemplaires écoulés en 1956, année du rachat de l’entreprise par l’américain John Deere.

Ce tracteur est équipé d’un des premiers systèmes de refroidissement par radiateur. Comme tous les tracteurs agricoles de cette époque, il pouvait être utilisé pour entrainer d’autres machines, notamment les batteuses. Mais c’est surtout aux labours qu’il est destiné.

Lanz, une marque mythique

La société Lanz est fondée en 1859 par Heinrich Lanz et importe d’Angleterre du petit outillage agricole pour lequel il n’existe pas de production allemande. Petit à petit, la société se développe et propose ses propres productions : hachoirs à paille, manèges à chevaux puis des locomobiles et des batteuses.

C’est en 1911 que la société sort son premier tracteur, le Landbaumotor. En se spécialisant dans ce domaine, Lanz deviendra l’un des premiers producteurs mondiaux. Des licences de tracteurs Lanz furent vendues en France (Le Percheron), en Argentine (Le Pampa), en Australie (Le KL) mais ils furent largement copiés (Société française de Vierzon, Ursus,…)

En 1956, la firme est rachetée par le géant américain John Deere, qui conservera le nom de Lanz sur la production de l’usine jusqu’en 1962. Un musée Lanz est aujourd’hui installé au sein de l’usine de Mannheim de John Deere, où subsiste encore dans la cour d’honneur le buste de H. Lanz. Le dernier bâtiment d’usine a été démoli à la fin des années 2000. La notoriété des tracteurs Lanz reste encore très vivace.

Un lifting nécessaire

Carrosserie

La carrosserie était déformée par endroits et avait parfois été remise en forme par l’ancien propriétaire, de façon maladroite.

Eléments de carrosserie à reprendre (déformations et manques)

© Le Compa
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Peinture et corrosion

La peinture appliquée par le dernier propriétaire se craquelait sur plusieurs zones et présentait de nombreux écaillages sous lesquels perçait la corrosion, en particulier sur la boule chaude qui constitue l’une des principales caractéristiques du moteur Lanz.

Nombreux éclats et différents états de rouilles

© Le Compa
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Organes extérieurs

Quelques déformations d’organes extérieurs étaient visibles sur des tuyaux du circuit d’huile ou des éléments du radiateur. Ils ont été démontés puis redressés ou remplacés.

 

Eléments du radiateur à reprendre (manques, lacunes et déformations)

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Parties mécaniques

Le tracteur présentait plusieurs fuites d’huile ainsi qu’un défaut de compression, sans doute dû à la faiblesse de la segmentation. Le radiateur était abîmé et l’injecteur devait être changé.

En effet, le tracteur n’était plus en état de fonctionner. Or le Compa souhaite pouvoir remettre ce tracteur en route périodiquement, lors de manifestations patrimoniales. L’allumage par chauffage de la boule chaude et le démarrage avec le volant de direction constituent une démonstration pédagogique des particularités mécaniques de l’engin.

Fuites d’huile

© Le Compa
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Etat de la « boule-chaude » : coulures, rouille, éclats

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Une restauration exemplaire

Cette restauration, débutée au printemps 2011, a été réalisée dans les règles de l’art : démontage complet du tracteur, décapage et mises en peinture des pièces et enfin remontage. Elle a nécessité plus de 2 000 heures de travail et l’achat de nombreuses pièces : deux ailes arrière, un injecteur complet, des éléments de radiateur, une courroie de ventilateur, des joints de boule et de culasse, de la boulonnerie et fournitures diverses… Elle a mobilisé une équipe de six personnes : Michel Béaur, Gérard David, Jacques Ferron, Jean-Louis Pougnet et Daniel Roncier, sous la direction de Laurent Touche, responsable technique et régisseur des collections.

Concernant la mécanique…

Les pièces saines ont été démontées, nettoyées et brossées par l’atelier du musée. Les éléments internes et externes défectueux ou manquants que le démontage a révélé (radiateurs, bouchons, tubes et joints, bagues de train avant, injecteur) ont été remplacés par des éléments neufs.

L’atelier du musée s’est chargé du remontage, du graissage, de l’ajustage et des finitions.

Concernant la carrosserie…

Les ailes déformées par accident et mal redressées par le dernier utilisateur ont été remplacées par des ailes neuves.

La peinture, qui ne correspondait pas à la couleur de la marque, a été éliminée sur l’ensemble des tôleries et des jantes de roue par sablage confié à une entreprise locale de chaudronnerie.

L’atelier s’est chargé des enduits : une couche de protection (antirouille automobile) et deux couches de peinture sur les pièces isolées, puis application d’un voile léger une fois l’ensemble remonté afin d’assurer un colmatage efficace des parties jointives. L’ensemble de la carrosserie a été repeinte dans les couleurs d’origine, soit un gris anthracite (RAL 7016) caractéristique de la première période de fabrication du HR5. Les roues métalliques ont reçu le rouge RAL 3002.

Enfin, deux voiles de roulement ont été fabriqués, afin de déplacer le tracteur sans détériorer les revêtements (musée, routes, …).

Travail au tour : rectification d’un axe par M. Béaur

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Peinture de boulons par G. David

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Assemblage du pont arrière et de la boîte de vitesse par M. Béaur et J. Ferron

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Alaisage d’une pièce du système de freinage par L. Touche

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Remise en place du volant par J.-L. Pougnet et G. David

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Fiche technique

  • Dénomination : tracteur Lanz Bulldog type HR 5, également appelé Lanz 15/30 (Ackerbulldog).
  • Fabricant : Heinrich Lanz Ag., Mannheim (Allemagne).
  • Matériaux constitutifs : Parties mécaniques : fonte de fer, acier, tôle d’acier, laiton, aluminium, bronze. Carrosserie : acier laminé, embouti.
  • Peinture : pas de stratigraphie apparente. Le dernier propriétaire a repeint le tracteur après un grenaillage sur toute la surface, avec une peinture de composition inconnue, couleur « gris panzer », appliquée sans couche préparatoire.
  • Dimensions : H : 220 cm ; L. : 190 cm ; Prof. : 315 cm.
  • Masse : 2700 kg.
  • Datation : début des années 1930 / Période de production : 1929 à 1935.
  • Caractéristiques techniques :

Moteur monocylindre horizontal semi-diesel à boule chaude.

Alésage/course : 225 x 260 mm.

Cylindrée : 10338 cm3.

Puissance : 15 cv à la barre, 30 cv à la poulie.

Régime : entre 500 et 540 tr/mn.

Vitesse : 3 avant, 1 arrière.

Radiateurs, poulie à gauche, pompe à huile entraînée par courroie, face avant en tôle, roues fer et cramponnées à l’arrière.

  • Lieu de conservation : Le Compa – Conservatoire de l’agriculture.
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Et aussi :

A consulter :

 

BOUILLE Pierre et SALVAT Bernard, Tracteurs Lanz Bulldog : 1921-1962, Charnay-les-Mâcon : EBS, 2000. 191 p. ISBN 2-913280-01-3.

 

DUPONT Francis, « Histoire de la firme Heinrich Lanz », Bulletin du Club Lanz Bulldog de France, 10-3 (juillet-août-septembre 2010), pp. 15-22.

 

HAFNER M., Lanz Bulldog : L'histoire d'un succès de 1921 à 1945, éditions France agricole, 2009, 159 p, ISBN 978-2855571676.

Sur Internet :

 

La fiche d’inventaire du Lanz Bulldog 15/30 sur le portail des Musées de la région Centre.

 

Le dossier Web Passion Lanz.