Le compa

Un outil

Le trocart

Certains objets dissimulent, derrière leur charme ancien, leur vrai visage…
Niché au fond de la trousse du médecin vétérinaire, le trocart s’avère l’instrument d’une pratique thérapeutique rude et insolite mais pourtant vitale…
Petite leçon de pratique vétérinaire à la campagne…

Le trocart, collections du Compa
© N. Bernard, Le Compa, Chartres, 2010

Quand ruminant rime avec ballonnements…

Le trocart est employé dans le cadre du traitement de la météorisation, une pathologie caractéristique des ruminants souffrant d’une indigestion gazeuse.

À l’origine de la maladie, deux causes principales : la consommation en quantité trop importante de fourrages, et la modification brusque du régime alimentaire. Les animaux herbivores passent effectivement d’une nourriture sèche en période hivernale, à la pâture des prairies au printemps.
Les fourrages ne sont alors pas correctement digérés par le rumen (l’estomac). Ils fermentent, les gaz s’accumulent et étirent l’estomac.

Le flanc de l’animal se gonfle, les battements du cœur s’accélèrent et la respiration devient saccadée. Ces symptômes annoncent une asphyxie parfois mortelle, faute d’une intervention rapide.

Opération médicale « gonflée » !

L’asphyxie peut-être évitée en pratiquant la ponction du rumen à l’aide d’un trocart, autrement dit en perçant le flanc de l’animal pour le guérir de ses ballonnements.

Le trocart se compose d’une canule (un tube) aux bords tranchants, dans laquelle vient se loger une tige terminée à son extrémité par une pointe triangulaire acérée.

Le médecin vétérinaire place la pointe du trocart sur le flanc de l’animal malade au niveau du rumen, « il donne, avec la paume de la main droite, un coup vigoureux et sec sur le manche de l’instrument, et la canule et la tige du trocart pénètrent en même temps dans la panse »*.

Il retire la lame en maintenant la canule en travers du flanc pour permettre l’échappement des gaz responsables de la maladie. Les dégagements gazeux peuvent durer plusieurs heures durant lesquelles la canule reste en place.

Manuels pratiques pour chirurgiens en herbe…

Au cours du 19ème et du début du 20ème siècle, des manuels de pratiques vétérinaires ont été publiés à l’attention des éleveurs. Ces encyclopédies illustrées dressent la liste de chacune des pathologies du bétail, et analysent précisément les symptômes et les causes des maladies. Elles fournissent aussi les prescriptions nécessaires à leur guérison en décrivant les « opérations [qui peuvent être] pratiquées […] par des personnes étrangères à la médecine »**…

La bibliothèque du musée conserve certains exemplaires de ces ouvrages étonnants.

J. Giniéis, La médecine du bétail, Librairie agricole et horticole de la maison rustique, 1935P. Cagny et R. Gouin, Hygiène et maladies du bétail, 1909
* P. Vatel, Éléments de pathologie vétérinaire, volume 2, 1828, page 295** Ibid, page 294
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